LA LUNE ET LA TORTUE

La lune et la tortue... Aussi differentes que le jour et la nuit, que la France et le Japon...

25 février 2006

Kamakura: le sanctuaire Hachiman-gu

Enfin! Chose promise, chose due: la première partie du billet sur Kamakura, une semaine après ma visite là-bas. Mais j'ai fait mon boulot: j'ai cherché pleins d'infos sur les sanctuaires et sur les grosses cordes par exemple... Grâce à moi, vous allez enfin savoir plein de trucs sur les sanctuaires shintô (je ne mets pas de "s" parce que c'est un mot étranger) et puis sur le bouddhisme japonais dans la deuxième partie. Avouons le, vous n'auriez pas pu continuer à vivre sans ces informations vitales. Mais comme j'ai une âme de prof à 80% et une âme de touriste à 18% (les 2% qui restent, je sais pas trop ce que c'est), et puis aussi parce que j'avais emmené mon appareil-photo, vous ne devriez pas vous ennuyer plus que d'habitude.

Mais bon, commençons par le commencement.

Samedi dernier, avec ma popine Sayaka, on avait décidé d'aller à Kamakura ensemble. Enfin bon, je vous retransmets notre conversation:

Moi (avant les vacances, super motivée): "Sayaka!!!!! Pendant les vacances de printemps, je voudrais aller à Nikko!!!!!! Tu voudrais pas venir avec moi?"
Saya: "Oh, euh... Tu sais, j'y suis déjà allée plein de fois..."
Moi (déçue): "Ah bon? Et à Kamakura? Tu voudrais y aller?
Saya (rayonnante de joie, un grand sourire aux lèvres): "oh oui!!! On y va!!!"

Par la suite j'ai appris que son collège et son lycée étaient juste à côté de Kamakura et qu'autrefois, elle passait par là tous les jours pour s'y rendre. Je me suis dit que ça devait vraiment un endroit formidable pour qu'elle ait envie d'y retourner. Et puis en plus, connaissant bien les environs, ce serait intéressant qu'elle me serve de guide (je vous ai bien dit que je jouais la touriste).

Bon, je rechausse mes demi-lunes et recommence à jouer les professeurs d'histoire-géo du collège. Ceux que ça ennuie, peuvent sauter ce paragraphe : "Kamakura, ville de temples, de sanctuaires et de collines boisées fut la capitale du Japon de 1192 à 1333" (les dates varient en fonction des bouquins). Même que ça s'appelait la période Kamakura. Bon, comme j'ai un peu la flemme de vous parler de l'histoire de Kamakura (ben oui, quoi, ça peut arriver à tout prof d'histoire), si vous voulez tout de même en savoir un peu plus, vous pouvez toujours vous rendre ici, où vous trouverez un résumé du cours d'histoire que les étudiants en première année de japonais doivent apprendre. Mais bon, perso, je vous oblige pas parce que c'est un peu long et, un peu compliqué (par exemple, comme ça fonctionne par clans, tout le monde a le même nom!!! Alors bonjour pour les distinguer.) et puis ça n'a pas grand chose à voir avec le sujet de départ.

Pour les amateurs de géographie et les curieux qui se disent "Kamakura? Morbleu! Mais où cela se trouve-t-il?" voici un petit aperçu avec une photo toute pourrie de mon guide:


Kamakura se trouve sur le littoral, au sud de Tôkyô. On peut d'ailleurs d'y rendre avec les trains de banlieue ce qui est ben pratique, ma foi. Moi j'ai mis deux heures à l'aller et deux heures et demi au retour.

Je retrouve Sayaka à la gare et c'est parti mon kiki pour une journée de tourisme déchaîné.

Nous prenons une très longue rue appelée Wakamiya-Oji. Au printemps, les Japonais s'y promènent avec plaisir au milieu des cerisiers en fleurs. En hiver cependant, le touriste se fait rare, les arbres nus et les flaques d'eau gelées ne rendant pas la promenade particulièrement passionnante.

Wakamiya-Oji part de la plage de Yuigahama et conduit au sanctuaire Tsurugaoka Hachiman-gu. Il semblerait que ce soit le premier shogun de l'époque Kamakura: Minamoto Yoritomo, qui ait fait construite cette rue le long de laquelle on pouvait prier pour que sa femme, Hojo Masako, accouche sans problème. Bon, je ne sais pas si c'est vrai parce que construire une telle rue en 9 mois, à l'époque (au 12ème siècle, voyons. Il y en a au fond qui ne suivent pas), ça me parait un peu dingue... Mais tout est possible au Pays du soleil levant... Bref...

Le long de la rue, il y a des tonnes de boutiques, de petits restaurants. Et puis comme toujours au Japon, il y a des magasins avec des noms en "franponais". Vous pouvez en trouver quelques exemples dans l'album-photo du même nom que je mettrai régulièrement à jour.

En parcourant Wakamija-Oji (la grande rue), nous passons sous trois grands toriis rouges. Ce sont de grandes portes qui permettent d'indiquer que nous approchons d'un sanctuaire shintô. Elles sont souvent faites de bois peint en orange et noir mais il est aussi possible d'en voir en bronze, en pierre voire même en ciment.

A l'entrée du temple, il y a une petite fontaine avec des louches afin de se purifier avant de prier: il faut se nettoyer les mains et la bouche. D'abord, on prend la louche de la main droite, on prend un peu d'eau et on arrose sa main gauche. Ensuite, on fait passer la louche dans la main gauche puis l'on nettoie la main droite. Enfin, on reprend la louche de la main droite, on verse de l'eau au creux de sa main gauche (on ne boit pas à même la louche, ce ne serait pas très sympa pour ceux qui viennent après!), on aspire l'eau et on la recrache dans le fossé qui entoure le bassin. (attention: il ne faut pas boire l'eau: on n'est pas là pour se désaltérer mais pour se purifier ) Ensuite, on replace la louche à sa place.

Devant chaque sanctuaire Shintô, on trouve deux statues de chiens-lions appelés "komainu". Ils sont là pour garder le temple. L'un d'entre eux a la bouche ouverte et se nomme "a"; l'autre à la bouche fermée et se nomme "un". Il faut passer entre eux pour accéder au temple. Dans le cas du sanctuaire Hachiman-gu, à Kamakura, le temple se trouvant en haut d'une colline, "a" et "un" se trouve au pied d'un escalier de pierre.

Sur la gauche de l'escalier se trouve l'arbre le plus incroyable que j'ai jamais vu! Il est énorme, des dizaines de branches partent de son tronc dans tous les sens. C'est la première fois que je vois un arbre aussi désordonné. Mais en même temps, il est tellement majestueux, impressionant: en le voyant, on se sent minuscule et très jeune. C'est un arbre respectable.

D'ailleurs, les Japonais ne s'y sont pas trompés: cet arbre est entouré d'une épaisse corde de paille à laquelle pendent des zigzags de papier blancs. Ce type de corde se nomme "shimenawa". Les Japonais accrochent des cordes identiques à leur porte le jour du nouvel an. Cette corde permet de délimiter le sacré. Il semblerait qu'à ses débuts, le shintoïsme n'ayant aucun sanctuaire ou autre édifice dédié au culte, les lieux considérés comme sacrés étaient simplement délimités par ce type de corde.

Je me suis renseigné sur cet arbre: il s'agit d'un ginkgo biloba que l'on dit millénaire (honnêtement, ça ne m'étonnerait pas: cet arbre est tellement biscornu qu'il a l'air tout droit sorti d'un film de Miyazaki!). D'après la légende, au début du 13ème siècle, le shogun de l'époque fut assassiné devant cet arbre: son assassin s'était dissimulé derrière.


Dans la plupart des sanctuaires shintô, on trouve également un endroit destiné aux danses ou à la musique. Malheureusement, celui du sancutaire Hachiman-gu, au bas des escaliers est actuellement en travaux donc... pas de photo.

Après avoir monté les marches, nous nous retrouvons devant le bâtiment principal du sanctuaire. Les sanctuairess Hachiman sont dédiés au "kami" (que l'on traduit approximativement par "divinité") de la guerre et des archers. Ces sanctuaires étaient donc assez populaires parmi les guerriers durant l'ère troublée que fut l'époque de Kamakura. Le "kami" Hachiman était d'ailleurs le "kami" tutélaire du clan Minamoto, fondateur du shogunat de Kamakura. Le sanctuaire Hachimangu de Kamakura est l'un des sanctuaires les plus prestigieux du Japon. Il fut à l'origine construit au bord de la mer en 1063 puis fut transféré à son emplacement actuel en 1191. Il fut reconstruit dans le style d'Edo en 1828. Du haut de la colline, on aperçoit tout Kamakura. Au printemps, on peut également admirer la Wakamiya-Oji bordées de cerisiers en fleurs.

Après avoir admiré la vue, nous nous engageons dans le "haiden". Un sanctuaire shintô se sépare en deux parties, parfois situées dans des bâtiments différents:

1) le "honden", le bâtiment principal, se trouve un objet ("shintai", qui signifie substance de la personne, du kami dans ce cas) abritant le "kami" (la divinité) auquel le temple est dédié. Cet objet est souvent un miroir: il n'y a donc pas de réelle représentation du kami. Le "honden" est très dépouillé, contrairement aux autels bouddhistes. Le public n'a pas accès au "honden".

2) le "haiden": l'oratoire, l'endroit où les croyants peuvent s'adresser au "kami". On y trouve également un autel très sombre. Devant l'autel se trouve toujours une boîte en bois qui permet de faire des offrandes afin de réaliser un voeu: on jette une pièce dans la caisse puis on s'incline deux fois. Ensuite, on tape des mains, toujours deux fois. C'est alors le moment de faire un voeu ou une prière que l'on finira par une dernière inclinaison. Dans certains temples, on trouve également face à l'autel une cloche reliée à une grosse corde. On fait tourner la corde qui fait sonner la cloche: cela permet d'attirer l'attention du kami avant de lui demander quelque chose.

Près des sanctuaires shintô, on trouve également des stands où l'on peut acheter toutes sortes de choses: tout d'abord, des tablettes votives appelées "ema". Elles sont en bois avec un petit dessin au recto (un chien blanc dans ce cas). On écrit son voeu au verso de la tablette puis on la suspend avec les autres. Les prêtres du sanctuaire prieront pour que ces voeux se réalisent. Dans les sanctuaires très visités, on trouve des tablettes dans toutes les langues. Avoir accès aux voeux les plus chers de gens inconnus: c'est vraiment quelque chose d'émouvant.


Dans les stands, on trouve également des "omamori": des amulettes porte-bonheurs. Il s'agit la plupart du temps de petits sacs en tissu brodé à l'intérieur duquel se trouve un voeu inscrit sur un morceau de papier ou une planchette de bois. Il ne faut surtout pas ouvrir le "omamori". Ils en existent de toute sorte: pour la santé, pour ne pas avoir d'accident, pour réussir ses examens, pour accoucher sans douleur, pour guéri...

Pour 100 yens (moins d'un euro), on peut également tirer un "omikuji". Après avoir payé, on prend une boîte de bois cylindrique. Seul un petit trou est percé au fond. On la secoue puis on en fait tomber un petit bâtonnet de bois sur lequel est inscrit un numéro. On obtient alors un "omikuji" correspondant à ce numéro. Il s'agit d'une feuille de papier longue et fine sur laquelle est indiquée différentes choses concernant l'avenir (travail, amour, voyage, déménagement, examens, études...) C'est un genre d'horoscope. Si vous ne parlez pas japonais: pas de panique. Dans les grands sanctuaires, on trouve aussi des omikuji en anglais. Une fois que l'on a tout appris sur son avenir, il faut nouer la feuille de papier autour d'un fil, près de l'avenir de centaines d'autres personnes.


J'aime beaucoup cet aspect du shintoïsme: on a le droit de faire des voeux, de prier même si l'on n'est pas shintô. D'ailleurs, la plupart des Japonais ne sont pas pratiquants ou bien réunissent des croyances bouddhistes et shintô. Personne ne m'a regardé de travers quand j'ai offert 10 yens à Hachiman et lui ai demandé de réaliser mon voeu... La pratique religieuse ici est bien différente de celle que l'on connaît en France. C'est vraiment la lune et la tortue...

Ah oui, j'allais oublier: dans les sanctuaires Shintô, on peut également apercevoir des couples qui viennent de se marier...


Et voila... Si par chance vous vous rendez dans un sanctuaire shintô, vous ne serez pas trop perdu. Bientôt, vous en saurez plus sur le bouddhisme au Japon puisqu'à Kamakura, on peut également vois une statue géante de bouddha que je présenterai dans un prochain billet.

3 Comments:

At 25 février, 2006 21:30, Anonymous Anonyme said...

J'aime bien beaucoup ton blog Marie! Je suis la chaque jour. Maintenant j'ai tres envie aller a Kamakura! Je suis presse de lire tes prochain nouvelles du Japon. Mnau.

Matej

 
At 25 février, 2006 21:33, Blogger papounet said...

Vivement la suite...

 
At 26 février, 2006 01:19, Blogger Marjete said...

Merci Matej :-D Je suis contente de voir que les chats aussi apprécient ce blog. Si tu as envie de venir à Kamakura, je peux t'héberger sans aucun problème!

 

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